Littérature américaine

The Help — Kathryn Stockett

Édition : Penguin
Date : 2010
Pages : 451

Enter a vanished world: Jackson, Mississippi, 1962. Where black maids raise white children, but aren’t trusted not to steal the silver.

There’s Aibileen, raising her seventeenth white child and nursing the hurt caused by her own son’stragic death; Minny, whose cooking is nearly as sassy as her tongue; and white Miss Skeeter, home from college, who wants to know why her beloved maid has disappeared.

Skeeter, Aibileen and Minny. No one would believe they’d be friends; fewer still would tolerate it. But as each woman finds the courage to cross boundaries, they come to depend and rely upon one another. Each is in search of a truth. And together they have an extraordinary story to tell …

The Help, ou La couleur des sentiments en français, fait partie de ces livres qui sont devenus en un rien de temps des bestsellers. Le terme même de bestseller a quelque chose de dérangeant, comme si tout ce qui comptait pour juger de la qualité d’une œuvre était un simple nombre : celui des ventes. Cependant, malgré mes réticences, le Book Club organisé par Livraddict pour le mois d’août m’a permis de me plonger dans ce roman, dont j’avais malgré entendu de très bonnes choses. Le thème en lui-même n’était pas fait pour m’attirer particulièrement. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai une sorte de blocage vis-à-vis de ces livres qui opposent Blancs et Noirs. Peut-être à cause des clichés. En voyant, en plus, que certains journalistes le comparaient à To kill a mockingbird, je suis partie quelque peu dubitative. Contrairement à beaucoup de personnes, je n’ai pas accroché au roman d’Harper Lee. Et contrairement à beaucoup d’autres, je ne savais absolument pas sous quel angle était abordé le récit de Kathryn Stockett. Toutefois, en littérature, il n’est jamais bon de rester sur ses positions et de ne pas s’ouvrir. Grand bien m’en a pris !

Aibileen, Minny et Miss Skeeter sont trois femmes très différentes. Deux sont noires, l’une est blanche. Deux sont gouvernantes, l’une cherche à construire sa vie comme elle l’entend. En 1962, à Jackson, dans le Mississippi, le temps semble s’être arrêté. La population afro-américaine continue à travailler au service des riches blancs, propriétaires des terres et respectueux des traditions. Pourtant, non loin de là et à travers l’ensemble du pays, des révoltes éclatent, de plus en plus violentes à chaque fois : les Noirs veulent les mêmes droits que les Blancs. Si Martin Luther King prône, à l’image de Gandhi, la résistance passive ou encore les mouvements de foule pacifiques, certains agissent en anarchistes. L’état dans lequel se déroule l’histoire apparait comme éloigné de toute cette agitation, comme protégé par une chape de plomb invisible. Dans ce monde où rien n’a beaucoup changé depuis la Guerre de Sécession, encore très présente dans les esprits, trois femmes vont tenter de faire évoluer la situation. Aibileen a 54 ans en 1962. Elle a à sa charge Mae Mobley, fillette de 2 ans dont la mère, Miss Leefolt, ne se préoccupe absolument pas. Son fils est mort il y a trois ans, sur son lieu de travail. Minny, elle, a 5 enfants et un mari alcoolique, parfois violente. Renvoyée par Miss Hilly, elle doit se trouver une nouvelle place, mais cela n’a rien de facile quand on a la langue bien pendue et que l’on hésite pas à dire ce que l’on pense devant son employeur. Face à tout cela, Miss Skeeter — Eugenia Phelan — décide de réagir. Elle observe tout ceci du côté sécurisé, celui des Blancs, et se rend compte de l’absurdité de ces soit-disant traditions. Pourquoi devrait-il y avoir une salle de bain séparée pour les Noirs ? Pourquoi sont-ils sans cesse accusés de vol ? Dans sa course pour devenir journaliste, fraîchement sortie de l’université, elle choisit d’écrire un livre. Un livre dont le sujet pourrait attirer à tout le monde bien des ennuis.

Le roman commence très simplement, par le point de vue d’Aibileen. En effet, le tout est à trois voix. Un moment, ce sera Miss Skeeter qui parlera, un autre Minny et encore Aibileen. C’est d’ailleurs ce qui fait la richesse et la profondeur du récit. Se focaliser sur un seul personnage aurait rendu le tout plutôt plat, moins savoureux. On découvre au fil des chapitres la vie à Jackson, Mississippi, la façon dont les domestiques sont traitées et la façon dont elles-mêmes considèrent leurs maîtresses. On se rend vite compte qu’il s’agit d’une rivalité entre femmes tout autant qu’une rivalité entre « races ». Ce mot n’est pas utilisé une seule fois ici. Les Noirs ne sont pas les Noirs, mais les « gens de couleur » ; encore et toujours du politiquement correct. L’auteur met un point d’honneur à rendre son récit vivant, mais aussi réel. Nous sommes loin d’Autant en emporte le vent, où les servants sont heureux de vivre et de servir leurs maîtres si gentils et si attentifs. La plupart du temps, ces femmes, qui dédient leur vie à celle des autres, sont traitées comme des moins que rien et ne peuvent répliquer sous peine de perdre la possibilité de retrouver un emploi. C’est le cas de Minny qui, après la « Terrible Awful Thing », lutte pour se faire accepter. Miss Celia va la prendre sous son aile et on peut dire qu’au début, la domestique est loin d’être ravie.

Les personnages sont le principal atout du roman de Kathryn Stockett. Il est loin d’être facile de faire de chaque protagoniste une originalité, de leur donner à chacun une individualité. En général, on a d’un côté les bons, d’un côté les méchants et point final. Ici, le tout est tout à fait nuancé. Aibileen est une femme douce en apparence, obéissante et attentive aux besoins de Mae Mobley. En elle, pourtant, se cache cette force insoupçonnée, cette « graine » plantée depuis la mort de Trelore, son fils. Sa condition lui pèse et à sa manière, elle va tenter de s’en défaire, sans violence, sans agressivité. Simplement en faisant le récit de sa vie.

Five months after the funeral, I lifted myself up out a bed. I put on my white uniform and put my little gold cross back around my neck and I went to wait on Miss Leefolt cause she just have her baby girl. But it weren’t too long before I seen something in me had changed. A bitter seed was planted inside a me. And I just didn’t feel so accepting anymore.

Minny est plus impulsive, moins réfléchie car encore très jeune. Elle a un caractère bien trempé et ne supporte pas qu’on soit dans ses pattes ou qu’on lui dise comment faire son travail. C’est l’image même de la jeune femme fière, qui n’a peur de rien, pas même des « Blancs ». Et pourtant … Pourtant, elle demeure fragile. Son mari la bat, elle doit prendre en charge ses 5 enfants, les femmes blanches peuvent se montrer parfois tellement cruelles … La confiance de Minny, il faut la mériter et Miss Skeeter l’a bien compris. Au départ, cette dernière nous apparaît un peu plate, sans relief. Une jeune fille blanche que sa vie dans le Mississippi ennuie, qui rêve de travailler dans une grande maison d’édition à New York et qui ne sait pas où est passée la gouvernante, Constantine, qui l’a élevée. Un jour, elle reçoit finalement une réponse d’Harper & Row en la personne d’Elaine Stein. Celle-ci lui conseille de prendre un travail dans sa ville — elle deviendra journaliste au journal local — et d’écrire. D’écrire sur quelque chose qui la dérange, et qui ne semble déranger qu’elle. Le sujet est tout trouvé : ce sera sur ces gouvernantes. Plus on avance, plus elle « grandit » et s’affirme, plus elle se rend compte à quel point le monde dans lequel elle vit n’est pas celui auquel elle appartient vraiment. On s’attache à cette jeune femme en quête de soi, qui sort de son petit confort pour aller à la rencontre de celles qui n’ont rien et qui font de ces petits riens de grands bonheurs. Je dois que si elle m’agaçait parfois dans la première moitié du roman, elle s’est révélée plus intéressante que je ne le croyais dans la deuxième. Autour de ces 3 femmes gravitent tout un tas d’autres personnages pas vraiment secondaires : Miss Hilly, la « garce » traditionaliste et fermée d’esprit qui a toute la ville à sa botte et qui adore faire accuser les Noirs, Miss Leefolt, la soumise qui est incapable d’élever son enfant, Miss Celia, un peu folle, se teignant sans cesse les cheveux en blonds et ressemblant à une espèce de Marilyn Monroe de la campagne — personnage que j’ai énormément aimé, tant pour ses faiblesses que pour sa force, pour ses secrets et pour sa volonté de s’intégrer à une société qui ne veut pas d’elle —, Mae Mobley, petite fille attendrissante dont Aibileen fait l’éducation, ainsi que Yule May, Constantine, Bessie, et j’en passe. Je ne veux pas trop gâcher la surprise en parlant de Stuart Whitworth, mais sachez qu’il n’a pas ma sympathie, et vous comprendrez vite pourquoi.

L’histoire se déroule sur 2 années complètes. Parfois, on passe plutôt vite d’un mois à un autre, mais au final, on s’habitue à ces flash-backs et ces ellipses. Si vous vous attendez à un récit d’aventures, rebroussez chemin. Il est question ici de choses simples de la vie, d’une analyse sociologique de la société du sud des États-Unis dans les années 60. J’ai d’ailleurs trouvé que le tout manquait de détails historiques, de précisions à mon sens très importantes. Les références sont nombreuses et je dois avouer que certaines m’ont échappées, d’autres m’ont marquées, comme lorsque l’on a cet extrait de la chanson de Bob Dylan, Times they are a-changin’. Il aurait fallu ajouter que la NAACP est la National Association for the Advancement of Colored People, qu’en 1964 est voté le Civil Rights Act et en 1965 le Voting Right Act (les Noirs ont les mêmes droits que les Blancs, enfin), etc. Peut-être pas dans le récit, mais au moins dans une annexe. J’ai aussi trouvé que, malgré les efforts de l’auteur pour montrer à quel point la vie était difficile pour ces domestiques, l’ensemble était encore trop « doux », trop lisse. L’idée de violence physique et psychologique était là, mais elle m’a semblée parfois trop absente. Quant au style … Je l’ai trouvé parfait. Il n’est jamais aisé d’écrire un roman à trois voix et d’entrer à chaque fois dans la personnalité du personnage, de parler comme il parlerait. Cette prouesse a été réalisée à la perfection. Ayant lu le roman en anglais, je pense que je me suis encore plus rendue compte de la différence de langage de chacune : Aibileen parle un anglais typiquement afro-américain, ce qui est plutôt déroutant au début, puis l’on s’y fait.

The Help est une de ces perles que l’on trouve parfois dans la littérature contemporaine. Un style fin et travaillée, une histoire solide et captivante ancrée dans un contexte fort, des personnages profonds et attachants : que demander de plus ? C’est certainement un roman que je relirai simplement pour le plaisir de le relire.

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4 réflexions sur “The Help — Kathryn Stockett

  1. J’ai adoré ce livre ! Comme toi, je trouve que les personnages sont l’élément clé du roman ! Je mettrais mon avis en ligne prochainement…dommage, on s’est loupé de peu pour une lecture commune !

  2. Ton avis est très complet ! 🙂 Le thème ne me tente pas trop non plus mais le livre a l’air intéressant. Je pense que je le lirai mais avant des vacances. ^^

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