Littérature américaine

L’invention de Hugo Cabret — Brian Selznick

Édition : Bayard Jeunesse
Date : 2008
Pages : 533

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Hugo Cabret est orphelin. Son oncle l’héberge dans les combles de la gare dont il est chargé de régler les horloges. Or, le garçon a une obsession : achever de réparer l’automate sur lequel son père travaillait avant de mourir dans l’incendie du musée où il était employé. Hugo est persuadé que cet automate a un important message à lui délivrer …

Une fillette amoureuse des livres, un vieux marchand de jouets, hargneux, une clé volée, un dessin mystérieux, un précieux carnet de croquis forment les rouages de cette fascinante énigme.

Brian Selznick, à la fois conteur, dessinateur et concepteur de livres, mêle l’illustration, le roman en images et le cinéma pour créer une forme de récit inédite, et offrir au lecteur une expérience unique.


Roman illustré désormais mondialement connu grâce à l’adaptation cinématographique dirigée par le célèbre Martin Scorsese, L’invention de Hugo Cabret est un conte merveilleux et magique, au sens propre comme au figuré. Nous suivons le jeune Hugo Cabret, orphelin âgé de 12 ans, qui vit « dans les murs » d’une gare parisienne en 1931. Il a un certain talent en ce qui concerne les horloges et les machines de toutes sortes et s’occupent d’ailleurs de celles de cette fameuse gare, les contrôlant deux fois par jour et les remontant par la même occasion. Pour survivre, il est obligé de voler. Un jour, le vieux marchand du kiosque à jouets le prend la main dans le sac et le contraint à travailler pour lui, ce que le jeune garçon doit impérativement faire sous peine d’être amené à l’inspecteur de la sécurité, qui s’empressera de le mettre en prison ou dans un orphelinat. Hugo Cabret cache cependant un lourd secret et c’est justement pour cela qu’il tient à sa liberté : à sa mort, son père a laissé cet automate, trouvé dans le musée dans lequel il travaillait, inachevé ; Hugo veut absolument finir de le réparer. Qui sait, peut-être qu’il a quelque chose à lui dire …

Dès les premières pages et grâce à l’introduction du Professeur H. Alcofrisbas, nous sommes plongés dans un univers tout à fait particulier : l’histoire se déroule dans une gare bien réelle, à une époque bien réelle, mais c’est comme si nous étions projetés dans un autre monde, dans une autre dimension, comme si l’Histoire avec un grand H était en train de se réécrire. Nous sommes prévenus : ce livre doit se lire comme si nous étions dans la salle obscure d’un cinéma. Tout est noir et blanc, comme au début du XXème siècle. Le roman s’ouvre sur une multitude d’images, qui nous font voyager : nous partons de la lune, puis nous arrivons sur Terre, dans Paris, vers la gare, dans la gare, et les projecteurs sont braqués sur Hugo. Le fait que l’auteur ait pris le parti de commencer par des illustrations et non par du texte nous met tout de suite en condition. Nous alternons très facilement entre ces deux façons de raconter et parfois, une image vaut mieux que des pages et des pages de descriptions. Certains pourraient penser que cela freine considérablement notre imagination. Au contraire, j’ai plutôt eu l’impression d’être assez libre ; j’ai apposé les couleurs que je souhaitais, j’ai ajouté des détails de-ci de-là, etc. Les mots sont simples et le tout se lit très facilement, peut-être même trop vite : nous aimerions que le plaisir se prolonge encore ! De plus, je ne connaissais absolument pas l’histoire avant cette lecture, ce qui m’a permis de me laisser surprendre à maintes reprises. Je dois aussi dire que la deuxième partie du roman se dévore encore plus rapidement que la première, qui consiste en une « introduction » : on nous présente les personnages, les tenants et les aboutissants, les divers lieux et l’histoire d’Hugo.

Ces personnages sont d’ailleurs tout à fait attachants. Hugo Cabret est un jeune garçon qui sait ce qu’il veut, qui tente à tout prix de protéger son secret et qui garde un amour profond pour son père, mort depuis quelque temps. Isabelle, elle, aime lire, apprendre, mais est aussi très (trop) curieuse : elle cherche par tous les moyens à découvrir ce que cache Hugo. Naîtra entre eux, plus tardivement, une certaine complicité. Le vieux marchand de jouets est bougon, très strict et sévère … Car lui aussi cache un secret. L’inspecteur de sécurité, même s’il n’apparaît que brièvement, ne nous est pas très sympathique. M. Labisse, le libraire, fait office de véritable rêveur et Étienne, l’ami d’Isabelle qui travaillait dans le cinéma voisin, est plutôt malin et amical — c’est un des personnages qui m’a particulièrement marquée, même si on ne le voit que peu. En peu de mots et en quelques illustrations, Brian Selznick parvient à nous dresser un portrait relativement développé de chacun de ses personnages et des relations qui se nouent entre eux.

L’histoire en elle-même est originale et intrigante. Lorsque j’ai eu fini de lire le roman, je me suis un peu renseignée sur le cinéma français et sur Georges Méliès. L’auteur s’est inspiré de faits réels, comme il l’explique dans ses remerciements, pour construire son conte, ce qui est appréciable. Aux illustrations — sublimes —, s’ajoutent des images authentiques tirées de certains de ses films et des photos de faits divers. J’ai été littéralement transportée ; j’ai adoré le trait de l’auteur, sa manière de mener son récit, en apprendre un peu plus sur la vie de Georges Méliès, sur le cinéma ; j’ai aimé ses leçons de vie — je pense notamment au chapitre 6 « Un but » de la deuxième partie, ainsi qu’au chapitre 12 « Les pendules remises à l’heure ». Le livre s’achève comme il commence ; la boucle est bouclée. Au-delà même de l’histoire et des illustrations, c’est un véritable objet d’art que vous tenez entre vos mains : pages épaisses, noir profond, couverture superbe, reliure … Là, je veux bien payer 17 euros.

En conclusion. J’oublie certainement énormément de choses en vous parlant de ce petit bijou de la littérature, mais je ne pense pas pouvoir être plus précise sans vous gâcher le plaisir. Les thèmes de la machine et du cinéma sont omniprésents et participe à la création de cet univers si fantastique. J’ai aimé chaque moment passé en compagnie d’Hugo et si la première partie est plus lente que la seconde, ce roman illustré est dans son ensemble un immense coup de cœur. La littérature jeunesse a encore de beaux jours devant elle ; et si vous êtes plus âgés, peu importe : il n’y a pas d’âge pour rêver.

– Tu as remarqué que toutes les machines sont créées dans un but précis ? demande-t-il à Isabelle. Elles sont conçues pour nous amuser, comme cette souris ; pour donner l’heure, comme les horloges ; pour nous émerveiller, comme l’automate. C’est peut-être ce qui m’attriste quand je trouve une machine cassée. Qu’elle ne soit plus en état de remplir sa fonction.
Isabelle prend la souris, la remonte de nouveau et la pose.
– Au fond, c’est peut-être pareil pour les gens, continue Hugo. Quand ils n’ont plus de but dans la vie … En un sens, ils sont cassés.

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3 réflexions sur “L’invention de Hugo Cabret — Brian Selznick

  1. Ce livre est vraiment superbe ! 🙂 J’ai vu qu’il avait été réédité avec la sortie du film avec en couverture l’affiche du film. Pas terrible. -_- En plus le format est plus petit et du coup, je pense que ça perd un peu plus d’intérêt qu’avec cette édition-ci.
    Ce livre regorge de références et le travail de Georges Méliès est montré sous un jour intriguant. J’ai aussi fait des recherches après l’avoir lu. ^^

    • Je n’aime pas les livres qui prennent l’affiche de film pour première de couverture … Surtout quand les dessins sont aussi magnifiques que ceux-là !
      J’ai aussi apprécié le foisonnement de références. J’aurais tant aimé en apprendre encore plus …

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