Littérature anglaise/SSHD

Oscar Wilde et le jeu de la mort — Gyles Brandreth

Édition : 10|18
Date : 2010
Pages : 460

Facétieux Oscar Wilde ! Après avoir choqué le monde par ses boutades lors de la première triomphale de L’éventail de Lady Windermere, le voici qui propose à ses amis une curieuse activité pour les distraire : le jeu de la mort. Chacun inscrit sur une feuille le nom de la victime de son choix et aux participants de deviner qui veut tuer qui. Mais quand la Mort commence à frapper les victimes potentielles dans l’ordre exact où elles ont été tirées, le drame succède à la comédie. Flanqué de son fidèle ami Robert Sherard, et assisté par Arthur Conan Doyle et par le peintre Wat Sickert, Wilde mène l’enquête avec plus de zèle que jamais. Car son nom et surtout celui de sa femme figurent sur la liste funèbre …

Pour commencer cette critique, je tiens à remercier Luthien de m’avoir fait parvenir ce roman par l’intermédiaire du Swap So British. J’avais vaguement entendu parler de cette série sans en savoir plus que ça. De fait, recevoir le tome 2 m’a fait grand plaisir et je dois dire que ma lecture a été des plus satisfaisantes. Oscar Wilde est un artiste intriguant que l’on connaît finalement assez peu. Qu’il soit entouré d’autres hommes célèbres de l’époque m’a particulièrement attirée. J’avais besoin d’une intrigue policière historique et j’ai été gâtée avec le roman de Gyles Brandreth !

Un policier dans la veine d’Arthur Conan Doyle et d’Agatha Christie. S’il y a quelque chose qui m’a frappée durant ma lecture, ce sont les similitudes entre ces 3 écrivains. On sent que l’auteur s’est inspiré de ses prédecesseurs, tant dans la façon dont l’enquête se déroule que dans sa résolution même. Loin de me déplaire, c’est même ce qui m’a peut-être le plus plu dans ce roman. Rien n’est tout de suite évident, on suit les choses pas à pas, sans précipitation, ce qui nous permet d’en apprendre un peu plus sur les personnages, mais aussi sur les aspects sociaux et culturels de l’Angleterre de la fin du XIXème siècle. Comme je vous l’ai dit, c’est un véritable policier historique. La 4ème de couverture donne les éléments majeurs de l’intrigue. Un repas du dimanche, 14 convives, un jeu étonnant … Qui finit par devenir réalité. Les morts se succèdent les unes après les autres : accidents, morts naturelles, suicides ? Oscar Wilde va devoir démêler ce sac de nœud en compagnie de son fidèle acolyte Robert Sherard, un peu à la façon d’un Sherlock Holmes accompagné par son John Watson. Si l’on a parfois l’impression que l’enquête piétine, on découvre à la fin que chaque élément avait son importance dans la résolution de l’affaire : le moindre mouvement, la moindre expression, le moindre petit événement trouve une résonance. J’ai trouvé le tout plutôt bien ficelé.

Un roman facile à lire. Eh oui, les enquêtes policières qui passent par des circonvolutions stylistiques m’épuisent au bout d’un certain temps. La simplicité de la plume de l’auteur, sa capacité à rendre parfaitement la façon de parler du XIXème siècle, de donner une âme aux personnages par leurs paroles rend le tout fort agréable. Même si j’ai lu par morceaux, je n’ai pas été perdue, j’ai pu facilement m’y retrouver. Le roman est aussi très bien organisé, le chapitrage est très clair et si à première vue cela semble anodin, croyez-moi que pour vérifier un élément, ça a son utilité ! Je dois aussi ajouter que l’auteur alterne entre humour et sérieux, faisant de nombreuses références culturelles : pièces de théâtre, citations de philosophes, événements politiques, etc. Ça rend l’histoire plus facile à appréhender.

Autre atout principal : les personnages. La majeure partie des personnages a effectivement existé. Comment retranscrire avec fidélité leur caractère ? Je ne connaissais pas Walter Sickert, Robert Sherard ou encore Charles Brookfield, ni même Oscar Wilde si ce n’est de nom et de réputation. Ce dernier est connu pour avoir été plutôt prétentieux et sûr de son génie — ça se ressent lorsqu’on lit ses essais. Gyles Brandreth lui laisse ce côté arrogant, tout en lui donnant un côté infiniment humain. Il est aussi égocentrique et égoïste, mais sait être généreux et fidèle en amitié. Par certains aspects, il me faisait vraiment penser à Holmes, avec sa froideur et ses capacités de déduction. Par d’autres, il me faisait penser à Hercule Poirot : confiance en soi, intelligence hors du commun et mépris de l’imperfection. Car Oscar Wilde déteste la laideur. Robert Sherard fait vraiment figure de Watson : il est plutôt soumis à son « maître », il fait tout le menu travail, demeure un grand admirateur de l’artiste — et de sa femme — et tient un journal de bord ! C’est lui qui raconte tout l’enquête : le roman est à la première personne du singulier. C’est un personnage auquel il est facile de s’identifier et ce fut le véritable biographe d’Oscar Wilde. Arthur Conan Doyle est décrit comme un homme sérieux et intègre avec de grands principes. Il fait office de « père », de sage. Je l’ai trouvé réellement très attachant, très humain et surtout très raisonnable et raisonné comparé à ses amis — qui, il faut bien le dire, aiment la boisson. Charles Brookfield est un parfait ingrat, Constance Wilde, même si elle parle peu, reste constamment présente, d’une manière ou d’une autre. C’est une femme douce et attentionnée, qui affectionne son mari autant qu’il est possible d’aimer quelqu’un. Je ne peux pas décrire tous les personnages. Il faut juste savoir que chacun a sa personnalité propre ; j’en venais parfois à en détester certains et à en apprécier d’autres. Faire connaissance avec tous ces artistes qui m’étaient jusqu’alors inconnus me donnent envie de me renseigner plus avant sur la vie d’Oscar Wilde et de lire une des biographies écrites par Robert Sherard ! N’oublions pas aussi de mentionner la présence de ce cher Bram Stoker.

Pour conclure, je dirais que j’ai passé un moment délicieux en compagnie de l’enquêteur Oscar Wilde et de sa bande d’amis fidèles et attachants. Le style de l’auteur a rendu la lecture plus fluide et m’a permis d’alterner entre sérieux et humour. J’atteins presque le coup de cœur ; en tout cas, j’ai envie de lire le tome 1 puis les tomes suivants, pour en apprendre encore plus sur M. Wilde, mais aussi sur tous les autres personnages. Je mets un petit plus pour le post-scriptum à la fin du roman, qui est une petite mine d’informations ! « Apprendre en s’amusant », c’est un peu comme cela que je décrirais Oscar Wilde et le jeu de la mort. Je laisse le mot de la fin à ce cher Socrate, qui ouvre le roman :

« Considère un nom illustre comme le joyau le plus précieux que tu puisses posséder, car l’estime est comme le feu : une fois que tu l’as obtenue, tu peux facilement la conserver, mais si tu la laisses s’éteindre, il te sera difficile de la retrouver. La méthode pour avoir bonne réputation est d’oser être tel que tu souhaites que l’on te voit. »

Lu dans le cadre du Challenge ABC.

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9 réflexions sur “Oscar Wilde et le jeu de la mort — Gyles Brandreth

  1. Un polar à la fois historique et entrainant, ça a l’air sympa 🙂 Comme tu le dis, j’aime pas non plus quand les enquêtes prennent un tournant si compliqué que tu ne peux pas suivre, non plus ^^

  2. J’aime bien cette série de romans très sympa! 😀 Je craque toujours pour des fictions où on réutilise les personnages et ou les auteurs célèbres.

  3. J’ai aussi commencé cette série par ce tome et j’ai adoré du début à la fin. L’époque mais également les personnages sont ce que je retiens de ma lecture. Le style est fluide et agréable et on se laisse facilement emporté par l’intrigue policière. Il faudrait que je me penche sur les autres tomes.

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