Littérature anglaise

The Labours of Hercules — Agatha Christie

Édition : Penguin
Date : 1957
Pages : 254

Nobody would say that Hercule Poirot bore the slightest physical resemblance to his mythological namesake. But with his usual disarming vanity the little Belgian detective whimsically decided that before he retired — « to grow the vegetable marrow » [courge] — he would undertake twelve more cases, choosing each because of its resemblance to one of the twelve labours of Hercules. From the affair of the Nemean lion to the capture of Cerberus from Hell he carries out his task. There fortunately the analogy ceases, for the famous little detective does not die from wearing a poisoned shirt, but lives to labour for our enjoyment another day. Each of these twelve episodes is a perfect gem, varied in subject and setting but all finely polished examples of the unrivalled craftsmanship of Agatha Christie.

Depuis longtemps dans ma PAL, prêté par une personne de ma connaissance, j’hésitais encore à le lire. Puis, étant d’humeur Agatha Christienne, je me suis dit qu’il serait peut-être temps de m’y mettre. J’ai vu quasiment toutes les enquêtes d’Hercule Poirot à la télévision — David Suchet est extraordinaire —, celui-ci me faisait défaut. Et pour cause : comment adapter 12 nouvelles ? Je m’y suis donc plongée avec une légère appréhension, me demandant comment tout le talent de la romancière pourrait être retranscrit dans des histoires aussi courtes. Cette appréhension fut de courte durée. J’ouvre le livre et je tombe sur le « Mot de l’auteur », mot très amusant où elle nous explique comment elle travaille, comment elle a été handicapée dans l’écriture de certaines de ces nouvelles. Je ne résiste pas à l’envie de vous en mettre un extrait :

Over the final Capture of Cerberus I gave way completely to despair. I could not think of a suitable exposition of the title. The whole thing had, indeed, to be put away for six months. And then, suddenly, one day, coming up on the escalator of the Tube, the idea came. Thinking excitedly about it, I went up and down on the escalator about eight times and was then nearly run over by a bus on the way home !

Agatha Christie est une écrivaine qui fonctionne à l’inspiration et qui pourtant est dotée d’une logique et d’un esprit « policier » incroyable. Je ne peux m’empêcher d’être admirative à chaque fois que je découvre une de ces enquêtes. À chaque fois, j’ai une vague idée de la solution … Et pourtant, elle m’étonne toujours. On se doute de certaines choses, on voit quelques éléments, mais seul Hercule Poirot est capable de les remettre en ordre — car lui seul sait faire marcher ses petites cellules grises. Nous sommes donc ici face à 12 enquêtes différentes. Le « roman » commence sur un prologue dans lequel on retrouve le célèbre détective en compagnie d’un de ses amis, qui mentionne justement les 12 travaux d’Hercule … Le petit Belge saute sur l’occasion et décide que, désormais, il ne prendra en compte que les énigmes qui se rapprochent des fameux travaux, d’une façon ou d’une autre. C’est là que réside le génie de l’auteure : réussir à mettre chaque tâche en lien avec la société des années 1930 et créer des enquêtes à partir de là. Ce serait difficile de vous faire un petit résumé de chacune, et ça gâcherait le plaisir. Tout ce que je peux vous dire, c’est que j’ai tout le temps été fascinée par la façon dont elle amenait cette ressemblance.

L’enquêteur, fidèle à lui-même, est suffisant, mais pourtant terriblement attachant. Sûr de lui et de sa capacité de déduction — en ce sens, il ressemble fortement à Sherlock Holmes —, il garde un comportement tout à fait aimable, très « gentleman ». L’inspecteur Japp est toujours aussi malmené, Miss Lemon est froide et pratique et tous les personnages qui peuplent les énigmes se détachent les uns des autres par leur personnalité, ce qui est très agréable. Cela donne vraiment l’impression d’avoir 12 cas différents et non pas une répétition, un calque, même si l’on a quelque fois une impression de déjà-vu. Les dialogues sont très importants dans l’œuvre d’Agatha Christie, qui privilégie la résolution des mystères par la parole et non par les descriptions. Les mots d’esprit fusent — d’où la nécessité de le lire en anglais —, et chacun révèle qui il est par les termes qu’il utilise, par la façon dont il s’exprime. J’en profite pour ajouter que l’anglais n’est vraiment pas complexe, idéal pour quelqu’un qui souhaite commencer la lecture en VO — en prenant garde toutefois aux quelques jeux de mots qui peuvent passer sous le nez.

Il est peu aisé de faire une chronique sur une sorte de recueil de nouvelles, qui a tout de même un fil conducteur. J’ai eu mes nouvelles préférées, évidemment, soit par la complexité de l’énigme, soit par la poésie de la chose. Car oui, le style d’Agatha Christie peut apparaître froid, car dénué de toute fioriture, mais elle est capable d’une grande poésie, ce qui m’a charmée dans The Arcadian Deer. Dans The Cretan Bull, c’est le côté psychologique, voir fantastique et horrifique de la nouvelle qui m’a attirée. Dans The Capture of Cerberus, c’est le début qui m’a frappée et a retenu mon œil ; on découvre un Poirot quelque peu différent, peut-être plus humain. Les premières phrases sont d’ailleurs plutôt amusantes — on imagine tout à faire Hercule Poirot dans cette situation.

Hercule Poirot, swaying to and fro in the tube train, thrown now against one body, now against another, thought to himself that there were too many people in the world ! Certainly there were too many people in the Underground of London at this particular moment (6.30 p.m) of the evening. Heat, noise, crowd, contiguity — the unwelcome pressure of hands, arms, bodies, shoulders ! Hemmed in and pressed around by strangers — and on the whole (he thought distastefully) a plain and uninteresting lot of strangers ! Humanity seen thus en masse was not attractive.

Et maintenant, un petit point culture. En commençant le roman, je dois avouer que je n’avais que vaguement connaissance des 12 travaux d’Hercule. Agatha Christie m’a permise de les découvrir plus avant, car il y a une petite explication plus ou moins visible dans chaque nouvelle. Je vous en fais donc une présentation rapide, sait-on jamais.

1. The Nemean Lion : Le lion de Némée était un animal qu’Héraclès devait tuer. Il pénétra dans l’antre de la bête, décocha toutes ses flèches mais ne put le tuer de cette façon : la peau du lion était si dure qu’aucune flèche ne pouvait le blesser.
2. The Learnean Hydra : L’hydre de Lerne n’a pas besoin d’être présentée ; on lui coupe une tête, deux repoussent. Pour la tuer, il faut trouver la tête originelle.
3. The Arcadian Deer : La biche de Cyrénée, aux cornes d’or et aux pieds d’airain, appartenait à Artémis, elle faisait partie de son attelage. Hercule dut la ramener vivante.
4. The Erymanthian Boar : Le sanglier d’Erymanthe était une bête féroce qui ne sortait de sa tanière que pour dévaster les plaines d’Arcadie. Hercule dut le ramener vivant.
5. The Augean Stables : Les écuries d’Augias devaient être nettoyées par Hercule. Elles comportaient plus de 3 000 bœufs et n’avaient pas été nettoyées depuis 30 ans.
6. The Stymphalian Birds : Les oiseaux de Stymphale vivaient en Arcadie au milieu d’un marais couvert d’épines et de broussailles. Hercule avait pour mission de les tuer.
7. The Cretan Bull : Le taureau de Crète lance des flammes par les naseaux, détruit les champs et les récolte. Poséidon l’avait fait sortir des os pour que le roi Minos le sacrifie. Celui-ci renonça et Poséidon, dans sa colère, le rendit monstrueux. Hercule devait le ramener sans le tuer.
8. The Horses of Diomedes : Héraclès reçut l’ordre de se rendre en Thrace, afin de capturer les juments de Diomède. Diomède était fils du cruel Arès et régnait sur un peuple de sauvages. Il possédait quatre cavales qui vomissaient le feu et auxquelles il jetait en pâture les étrangers que la tempête rejetait sur ses côtes.
9. The Girdle of Hippolyta : La ceinture d’Hippolyte devait être ramenée par Hercule au roi Erysthée. Hippolyte était la reine des Amazones.
10. The Flock of Geryon : Eurysthée exigea qu’Héraclès lui amène les boeufs roux de Géryon, géant colossal, dont les flancs se ramifiaient en trois corps. Géryon était roi de Tartessos, en Espagne, ville qui se situait en Andalousie. Il possédait un troupeau de boeufs d’une grande beauté, gardé par un berger, Eurythéon et par un monstrueux chien à trois têtes.
11. The Apples of the Hesperides : À peine revenu de cette expédition, Héraclès reçut l’ordre de ramener à Eurysthée les pommes d’or du jardin des Hespérides . Filles d’Atlas, les Hespérides habitaient un jardin merveilleux dont les arbres étaient chargés de fruits dorés.
12. The Capture of Cerberus : Comme ultime épreuve, Eurysthée demanda à Héraclès de descendre aux Enfers et d’en ramener Cerbère, le chien de garde des portes souterraines.

En faisant ces petites recherches, je comprends mieux certaines choses, dans certaines des nouvelles. Je vous conseille ce site pour plus d’informations. Ici s’achève cette chronique peu habituelle. Je suis ravie d’avoir lu ce petit recueil, d’avoir pu profiter de la plume de l’auteure. Malgré quelques répétitions parfois, en le lisant de manière assez décousue, nouvelle par nouvelle, ou deux nouvelles par deux nouvelles, je pense qu’on ne se lasse pas. En tout cas, c’est ce que j’ai fait et j’étais toujours ravie d’être en compagnie du célèbre détective. J’ajoute juste, comme dernier mot, que si j’ai mis cette couverture, c’est parce que la version qui m’a été prêtée est plutôt ancienne — elle sent le vieux, j’aime bien.

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7 réflexions sur “The Labours of Hercules — Agatha Christie

  1. Ta chronique me donne très envie de le découvrir ! 🙂
    J’aime aussi beaucoup l’édition que tu as, très joli ce vert. J’aime beaucoup l’éditeur Penguin.

    • Je suis contente ! Il faut vraiment le lire :).
      J’aime aussi les éditions Penguin (les éditions anglaises de toute façon). J’aimerais bien que celui-ci soit vraiment à moi …

  2. Je l’ai entamé il y a quelques temps et mis de côté…Je n’étais pas d’humeur à supporter le côté un peu « balourd » de Poirot (malgré son génie) à ce moment-là (je sortais d’une intense cure holmesienne et Holmes a quand même vachement plus de classe et de raffinement que Poirot). Je le reprendrai sans doute bientôt.

    • C’est clair que ce n’est pas vraiment le même genre … J’aime bien Poirot justement, son côté un peu old school et coincé.
      Pendant que tu vas te remettre à Poirot, je vais commencer à me mettre à Holmes aha :).

  3. Pingback: Challenge Agatha Christie : Un Bilan |

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