Littérature anglaise

The Sealed Letter — Emma Donoghue

Édition : Picador
Date : 2008
Pages : 397
Prix : 12,99£

After a separation of many years, Emily « Fido » Faithfull bumps into her old friend Helen Codrington on the streets of Victorian London. Much has changed : Helen is more and more unhappy in her marriage to the older Vice-Admiral Codrington, while Fido has become a successful woman of business and a pioneer in the British Women’s Movement. But, for all her independence of mind, Fido is too trusting of her once-dear companion and finds herself drawn into aiding Helen’s obsessive affair with a young army officer.
When the Vice-Admiral seizes the children and sues for divorce, the women’s friendship unravels amid accusations of adultery and counter-accusations of cruelty and attempted rape, as well as a mysterious « sealed letter » that could destroy more than one life …

Based on blow-by-blow newspaper reports on the 1864 Codrington divorce, The Sealed Letter full of sparkling characters and wicked dialogue, is a thought-provoking mystery and gripping drama of friends, lovers and marriage.

J’ai acheté ce roman un peu par hasard, tombant dessus dans une de mes librairies préférées. La couverture — ce n’est pas celle-ci — a tout de suite attiré mon regard et un œil sur le résumé m’a fait comprendre que je devais absolument lire ce livre. Pour quelles raisons ? Eh bien, l’intrigue se déroule dans l’Angleterre victorienne, plus précisément en 1864, et semble parler d’une romance. Je m’étais imaginée le combat d’une femme qui est mariée à un homme qu’elle n’aime pas, qui ne fait pas attention à elle, une femme qui cherche la liberté et qui va se faire aider par sa meilleure amie. Je me suis trompée. The Sealed Letter n’a pas comme point central les considérations personnelles d’Helen Codrington, mais la question même du divorce au XIXème siècle ainsi que celle de la condition de la femme de façon plus générale. Emily Faithfull est connu pour avoir été pionnière du British Women’s Movement. Nous apprenons ainsi qu’elle était la propriétaire d’une imprimerie et qu’elle participait activement à la gestion d’un organe de presse de l’époque, qui s’adressait aux femmes et à tous ceux qui souhaitaient défendre leurs droits. Un jour, alors qu’elle sort de son travail — fait exceptionnel pour une femme en 1864 —, elle tombe sur Helen Codrington, accompagnée d’un homme qui se trouve être le Colonel Anderson. Les deux amies se retrouvent après 7 ans de séparation et tout semble aller pour le mieux. Néanmoins, Emily se retrouve bien vite prise au piège par Helen, d’une certaine façon : cette dernière entretient une liaison avec le Colonel et fait évidemment tout pour le cacher, que ce soit à son mari et à son amie (en lui cachant tout un tas de détails qui ont pourtant leur importance). Malheureusement pour elle, Henry Codrington apprend la chose et part avec ses enfants, effectuant au passage une demande de divorce. Et la descente aux enfers commence …

Ce qui est particulièrement intéressant dans ce roman, c’est l’aspect historique. Je dois dire que j’ai beaucoup appris, tant au niveau du combat féministe que du fonctionnement de la justice à l’époque, fonctionnement qui s’est révélé plutôt effrayant, d’ailleurs. Nous sommes littéralement transportés dans l’Angleterre de la deuxième moitié du XIXème siècle, avec ses codes, ses valeurs et aussi ses évolutions. En effet, c’est à partir de cette période que commence à se fissurer les fondations de la société que les Anglais avaient connues jusqu’alors, c’est à partir de cet instant que va s’engager la lutte acharnée des femmes pour accéder aux mêmes droits que les hommes. Dans cette atmosphère, Emily Faithfull et Helen Codrington sont deux opposés. L’une se bat, l’autre reste passive, ne s’intéressant qu’à elle-même et à ses intrigues amoureuses. Le comportement des hommes est révélateur : ils affichent un total mépris pour ce que les femmes engagées appellent leur « Cause ». J’ai été un peu déçue qu’Emma Donoghue n’aille pas plus loin dans son analyse du mouvement. Je pense que c’est un sujet tout à fait essentiel pour bien comprendre le roman et même si elle glisse par ci par là de multiples indices, il me semble que les réflexions auraient du être plus abouties. À la fin du livre, la note de l’auteur nous explique que les faits évoqués, pour la plupart, sont véridiques, mais qu’elle a construit les caractères à partir des observations de 3 historiens différents. Emily Faithfull est une jeune femme intelligente, sûre d’elle, attachée à certains principes en tant que fille de révérend et surtout sûre de ses convictions. Néanmoins, dès qu’elle est en présence de son amie, elle perd tout esprit d’analyse et devient une sorte de marionette dont Helen fait absolument ce qu’elle veut. En effet, celle-ci est une manipulatrice née, une femme toute en apparences et faux-semblants, qui aime profiter de la vie au jour le jour et vivre dangereusement. Il est plus facile d’apprécier la première que la seconde, quoique j’aie parfois eu envie de lui donner quelques claques pour la réveiller. L’amitié aveugle parfois certaines personnes trop crédules et je dois que Fido m’a pas mal fait penser à Jane Bennet. Les positions d’Helen peuvent se défendre : les femmes étaient trop bridées par leurs maris, trop cantonnées à leur rôle de mère et justement de « femme de ». Je la pense totalement folle, d’après le portrait que nous en dresse l’auteur. Disons qu’au cours du temps, à force de s’enfermer dans ses mensonges, de se créer un monde à elle seule, elle a commencé à mourir peu à peu. C’est un personnage que j’ai haï, mais dont j’ai aussi eu pitié. Henry Codrington, lui, est tout à fait respectable. Il m’a beaucoup plu, par son sang-froid, son tact et quelque part son côté progressiste. Loin d’être le monstre que sa femme dépeint, il est certes quelque peu austère, mais encore une fois, il faut replacer les choses dans leur contexte.

Comme vous l’aurez compris, Emma Donoghue fonde son roman sur un fait divers bel et bien réel. L’histoire en elle-même peut paraître décevante. Au début, les choses avancent lentement, presque trop, pour mettre en place les personnages, leurs caractères, leurs liens et tout le passé adultère d’Helen. Si la prose de l’auteur fait passer le tout relativement facilement, c’est la deuxième partie qui a été la moins rébarbative, celle où l’on entre dans le vif du sujet, celle où Henry a finalement emmené les enfants avec lui et a demandé le divorce. Le combat peut enfin commencer. On suit tout comme si l’on se trouvait dans le tribunal. Présentation des preuves, interrogation des témoins, contre-interrogatoires, etc, etc. Et on a connaissance de tout ce qui se passe derrière : les journaux, les articles incendiaires et surtout, surtout — car c’est là, selon moi, l’intérêt principal du roman — la façon dont une simple demande de divorce peut détruire des vies. Un divorce n’est jamais quelque chose d’anodin, mais à l’époque, il n’y en avait que deux par an, grand maximum, en Angleterre. Chacun avait donc un caractère unique. Souvent, les deux partis trouvaient un arrangement, entre eux ou par médiation. Tous les rouages de la justice sont mis à nu — pour mon plus grand plaisir je dois dire. Il est assez choquant de voir quels arguments peuvent être utilisés par les avocats pour accuser ou pour défendre. Tous les coups-bas, les mensonges … Pour une chose qui nous paraît si petite aujourd’hui. Je vois cette partie comme une pièce de théâtre ; la scène se déroule au tribunal et les personnages ont parfaitement appris leur texte.

La prose de l’auteur est sublime, quoiqu’un peu complexe pour des lecteurs non avisés. Le vocabulaire très recherché m’a forcé à lire The Sealed Letter de façon hachée, cherchant frénétiquement de nombreux mots dans le dictionnaire. Je pense que le début m’a paru long principalement à cause de cela. Toutefois, elle utilise effectivement un langage propre au XIXème siècle, parfois un peu actualisé m’a-t-il semblé. J’apprécie énormément ce respect et cette fidélité à la langue. Les personnages s’expriment toujours de la façon la plus « correcte » qui soit, en fonction de leur rang, et même les descriptions ont ce côté « archaïque » pour le lecteur d’aujourd’hui. Je dis aussi un petit mot sur la mise en page : les titres des chapitres en lettres gothiques, des mots de vocabulaire juridique, définis et des citations d’œuvres la plupart du temps écrites par des femmes — j’ai a-do-ré.

Si je devais conclure, je dirais que ce roman vaut la peine d’être lu, surtout pour le contexte historique et la façon dont il a été écrit. L’histoire en soi est peu importante : les enjeux, les thèmes principaux sont ceux qui se révèlent être les plus captivants. J’ai eu l’impression de lire un roman … Alors que je lisais en vérité un livre d’histoire, ce qui est plutôt plaisant comme façon d’apprendre. On peut regretter le fait de ne pas se sentir très proche des personnages, de ne pas être vraiment plongé dans quelque chose de romanesque. Cependant, j’ai apprécié ma lecture, que je ne regrette absolument pas : j’espère faire connaître ce livre à quelques personnes, vu qu’apparemment, il est assez peu présent sur la blogosphère.

Le saviez-vous ? Emma Donoghue est la plus jeune de 8 enfants — elle est irlandaise. Elle a un diplôme en Anglais et en France de l’université de Dublin et un doctorat sur le concept d’amitié entre hommes et femmes dans la littérature anglaise du XVIIIème siècle de l’université de Cambridge. Depuis l’âge de 23 ans, elle écrit, que ce soit des romans ou encore des pièces de théâtre. Son œuvre la plus connue est Room.

Je vous conseille l’excellent documentaire d’Arte sur les suffragettes, diffusé il y a peu de temps. Il dure une cinquantaine de minutes et retrace le destin de 5 femmes pionnières. Je suis tombée dessus par hasard et je suis restée scotchée jusqu’à la fin : Les suffragettes. Je ne sais pas s’il n’est disponible que pour 7 jours ou non, alors si le lien ne marche plus après mercredi, c’est tout à fait normal.

Lu pour le challenge ABC.

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3 réflexions sur “The Sealed Letter — Emma Donoghue

  1. Je pense qu’il m’aurait bien plu, j’aime beaucoup ce genre de roman sur fond historique ! Mais en anglais…ce n’est même pas la peine d’y penser. tu sais si il est sorti en français ?

  2. Oh je pensais que c’était un roman jusqu’à ce que tu stipules le contraire. ^^ Il m’a l’air vraiment très intéressant. Par contre, s’il y a beaucoup de termes juridiques, je pense que je préfèrerai le lire en français.

  3. Ce livre a l’air très interessant (même si j’avoue ne pas être une grande féministe!). J’adore les livres d’Anne Perry et dans la série des Pitt il y a souvent de petits éléments historiques sur le combat des femmes qui me donnent envie d’en savoir plus! Peut-être avec ce livre!

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