Films

Gosford Park — Robert Altman

Réalisé par Robert Altman.

Avec Eileen Atkins, Kelly MacDonald, Bob Balaban, Helen Mirren, Alan Bates, Jeremy Northam, Charles Dance, Clive Owen, Stephen Fry, Ryan Phillippe, Michael Gambon, Maggie Smith, Richard E. Grant, Kristin Scott Thomas, Derek Jacobi et Emily Watson. 

Le film dure 2h22 et est sorti en salle en 2001.

Au début des années trente, dans une Angleterre fortement marquée par les inégalités de classe, une famille d’aristocrates avec à sa tête la maîtresse de maison, Lady Sylvia McCordle, organise une partie de chasse au cours de laquelle son mari Sir William McCordle est retrouvé poignardé. Cet assassinat va bouleverser l’ordre établi et révéler la complexité des liens entre les maîtres et leurs serviteurs …

Il y a des jours, comme ça, où vous ne savez pas trop quoi faire. Alors vous vous postez devant votre étagère de DVDs, dans l’espoir que l’un d’eux vous fasse un signe, vous appelle d’une façon ou d’une autre. Ce jour-là, je me trouvais devant cette même étagère et Gosford Park est venu vers moi. Cela faisait très peu de temps que nous l’avions acheté, mais j’ai eu envie de le regarder rapidement. L’histoire avait tout pour me plaire : les années trente, l’Angleterre, le combat entre maîtres et domestiques, les faux-semblants d’un monde bourgeois décadent, un huis-clos dans une demeure splendide, un meurtre qui semble ne pouvoir être résolu … Et un casting absolument impressionnant. Certains noms sont très connus — je pense notamment à Clive Owen, Kristin Scott Thomas, Maggie Smith, Stephen Fry, Helen Mirren et j’en passe —, d’autres un peu moins, mais les visages sont familiers. On retrouve quelques personnages d’Orgueil et Préjugés — Jeremy Northam et Claudia Blakley —, d’autres ayant joué dans des séries anglaises. Ces conditions, toutes réunies, laissaient présager un moment de cinéma fantastique.

Je dois vous dire d’entrée de jeu que je n’ai pas été déçue. Gosford Park nous plonge réellement dans un monde « à part », dans une ambiance très particulière que j’ai adorée. Au lieu de se concentrer sur les « riches », il oscille entre les bourgeois et leurs serviteurs, analysant avec précision le caractère de chacun des personnages, sans en omettre un seul, nous révèle les règles, les usages et les coutumes de chacun de ces deux mondes ; les valeurs qui y sont défendues ne sont certes pas les mêmes, mais l’idée de hiérarchie y est tout aussi présente. Justement, ce parallèle entre les deux « classes » est très intéressant d’un point de vue civilisationnel. Mais ne vous effrayez pas, ce n’est absolument pas un cours d’histoire ! D’ailleurs, le synopsis nous le montre bien : ici, on a affaire à un meurtre, celui du maître de la maison, qui se fait assassiner d’une manière peu commune à minuit pile, alors que tout le monde se trouve réuni dans la même pièce. Le coupable se trouve-t-il, comme la police le pense toujours, chez les domestiques ? Faut-il, cette fois-ci, soupçonner ces bourgeois dont on découvre peu à peu les secrets ?

Parlons donc un peu des personnages, sans pour autant entrer dans le détail — ce serait beaucoup trop long. Comme je vous l’ai dit, Robert Altman réussit à nous faire entrer dans la tête et dans la vie de chacun des protagonistes. Tous ont des caractères très différents et ce qui est admirable, c’est qu’ils ne paraissent pas lisses, alors qu’ils auraient pu tous être faits dans le même moule. Stephen Fry, en enquêteur un peu stupide, ajoute une petite touche d’humour, dans cette atmosphère lourde. Les acteurs sont parfaits, vraiment parfaits, tellement parfaits que j’en ai été moi-même étonnée : Maggie Smith joue le rôle de la commère, ce qui lui va très bien ; c’est un peu celle que l’on suit tout le temps, qui semble tenir les rênes. Un conseil, d’ailleurs : regardez-le en anglais, sous-titré en français — l’accent écossais est très difficile à comprendre — et accrochez-vous. Parce que pour tout comprendre du premier coup, je pense que même un bac + 10 n’est pas suffisant. C’est peut-être le point noir de ce film, mais aussi son principal atout. Le scénariste a fait un travail extraordinaire, avec des dialogues fins, précis, chaque mot ayant sa fonction, chaque parole collant au personnage qui la prononce — scénario récompensé aux Oscars, soit dit en passant.

Je vais aussi faire un commentaire sur les décors et les costumes. Il est vrai que dernièrement, je fais tout particulièrement attention à ces élements, notamment depuis que j’ai vu The Dutchess. Ici, nous nous situons dans la campagne anglaise, le temps est assez mauvais, mais le lieu est majestueux. Un grand bâtiment en pierre claire qui abrite des pièces toutes plus somptueuses les unes que les autres, avec des canapés dignes de Versailles, des tapis brodés, des instruments de musique hors de prix, des moulures, des rideaux épais … Je crois que vous voyez à peu près à quoi cela doit ressembler. Que dire des costumes ? Robes des années trente, costumes de chasse pour les hommes et « smoking » en règle. Les domestiques, eux, sont presque toujours présentables. Leurs quartiers sont évidemment tout à fait différents et loin du faste des appartements des maîtres. La hiérarchie sociale est marquée dans tous les domaines.

Quant à l’image, je dois dire que c’est assez étrange. Je voulais mettre des photos, mais elles sont toutes « floues ». En fait, les jeux de lumière sont agréables à l’écran, mais font quelque peu penser aux Feux de l’Amour — ne me dîtes pas que vous n’avez jamais vu un épisode, je ne vous croirai pas. Le film date certes de 2001, mais ce n’est pas la raison de ce rendu. Je trouve que ça rend parfaitement l’ambiance de l’époque, même si cela peut en gêner certains.

Et enfin, je parlerai de l’intrigue. Cela ressemble fort à du Agatha Christie. Cette auteure avait une affection toute particulière pour les huis-clos et pour les meurtres étranges dont le coupable n’est jamais celui que l’on pense. Ici, cela me rappelait quelque peu Hercule Poirot ou Miss Marple, quoique le film ait une véritable identité. J’ai aimé le dédale dans lequel nous sommes plongés, les histoires qui s’entrecroisent, que ce soit d’amour, de haine, d’arrangements douteux, et j’en passe. Ne vous attendez pas à de l’action. C’est ce que l’on pourrait appeler un « film psychologique », dont assez « lent » … Cela en rebutera certains, cela plaira à d’autres.

En conclusion, je dirais que ce film est fantastique tant sur le plan civilisationnel que « policier ». L’enquête avance peu à peu, le tout étant porté par des acteurs connus, reconnus et surtout excellents dans ces rôles. La diversité spirituelle des protagonistes offre un tableau impressionnant de la vie humaine, à la manière d’un roman de Balzac ou de Zola. Je le conseille à tous les passionnés de l’Angleterre, d’Agatha Christie et de films profonds, riches, qui allient avec brio ironie et tragique, qu’il faut voir et revoir pour en comprendre toutes les subtilités.

Mrs. Wilson: I’m the perfect servant; I have no life.

Mary Maceachran: Nobody can stab a corpse and not know it.
Robert Parks: Really? When was the last time you stabbed a corpse?

[Morris Weissman is asked about his upcoming movie project]
Lady Sylvia McCordle: Mr Weissman.
Morris Weissman: Yes?
Lady Sylvia McCordle: Tell us about the film you’re going to make.
Morris Weissman: Oh, sure. It’s called « Charlie Chan In London ». It’s a detective story.
Mabel Nesbitt: Set in London?
Morris Weissman: Well, not really. Most of it takes place at a shooting party in a country house. Sort of like this one, actually. Murder in the middle of the night, a lot of guests for the weekend, everyone’s a suspect. You know, that sort of thing.
Constance: How horrid. And who turns out to have done it?
Morris Weissman: Oh, I couldn’t tell you that. It would spoil it for you.
Constance: Oh, but none of us will see it.

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5 réflexions sur “Gosford Park — Robert Altman

  1. étant une grande fan d’Agatha Christie et de l’Angleterre en général, il devrait me plaire 🙂 Je n’en ai jamais entendu parler en plus, ça va me permettre de le découvrir !

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