Littérature canadienne

La Servante écarlate — Margaret Atwood

Pavillons Poche, Robert Laffont — 510 pages — 9,90 euros

La servante écarlate, c’est Defred, une entreprise de salubrité publique à elle seule. En ces temps de dénatalité galopante, elle doit mettre au service de la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, son attribut le plus précieux : sa matrice. Vêtue d’écarlate, à l’exception des voiles blancs de sa cornette, elle accomplit sa tâche comme une somnanbule. Doit-elle céder à la révolte, tenter de tromper le système ? Le soir, Defred regagne sa chambre à l’austérité monacale. Elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, d’échanger des confidences, de dépenser de l’argent, d’avoir un travail, un nom, des amants … C’était le temps où l’amour était au centre de tout. L’amour, cette chose si douce aujourd’hui punie de mort …

Œuvre majeure, La Servante écarlate n’est pas sans rappeler 1984 d’Orwell. Mais, au-delà de cette magistrale création d’un monde, c’est la question du rôle et de l’avenir des femmes que pose, avec force, ce roman inoubliable.

Que dire ? Ce roman est effectivement inoubliable et terriblement effrayant et oppressant. Je ne pense pas faire une longue chronique de ce bouquin, je suis encore trop « dedans » et il est globalement impossible de le décrire de manière satisfaisante sans trahir l’intention de l’auteure. Je découvre Margaret Atwood avec son roman le plus connu, et c’est une rencontre dont il ressort beaucoup de positif. Dans une république où les femmes sont divisées en groupes, celles qui peuvent procréer, celles qui ne peuvent pas, les Épouses et les Servantes, les Marthas et les Éconofemmes. Certaines ne sont donc réduites qu’à leur appareil sexuel, ne sont là que pour fournir des bébés, et en bonne santé. Le tout a été écrit en 1985 et sonne étonnemment moderne, même en le lisant aujourd’hui. Tantôt « léger », tantôt « dur », j’ai oscillé entre soulagement et peur pour Defred. Le monde est conçu à la perfection, quoique l’on achève la lecture avec de multiples questions à l’esprit. Le suspense est souvent à son comble et l’écriture, quoique déstabilisante au départ, s’avère très agréable et colle parfaitement à l’atmosphère. On va d’avant en arrière, entre passé et présent, découvrant avec plus de précisions et avec pourtant un certain flou, la vie de la jeune femme dont on ne connaîtra jamais le véritable nom.

Ce roman fait peur parce qu’il nous montre une société où les femmes ne sont que des objets au service des hommes, au service de l’humanité. On justifie cela avec force référence religieuse, comme si ça adoucissait l’horreur ambiante. Les paroles ne sont pas légion et les dialogues très peu présents. Nous sommes constamment plongé dans la tête de cette servante, dont la vie ressemble plus à un cauchemar, qui se répète encore et encore au rythme des jours. J’ai été assez déprimée pour elle, je ressentais même un sentiment de pitié, comme si j’étais près d’elle et que je pouvais compatir à ses souffrances. Espérons seulement qu’un monde tel que celui-ci n’existe jamais … Un monde où la lecture est prohibé, où chacun doit rester à sa place, où tout est soumis à la volonté de Dieu, peu importe qui il soit.

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4 réflexions sur “La Servante écarlate — Margaret Atwood

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