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Les Diaboliques — Barbey d’Aurevilly

Quant aux femmes de ces histoires, pourquoi ne seraient-elles pas les diaboliques ? N’ont-elles pas assez de diabolisme en leur personne pour mériter ce doux nom-là ? … Diabolique, il n’y en a pas une seule ici qui ne le soit à quelque degré. Il n’y en a pas une seule à qui on puisse dire le mot de « mon ange » sans exagérer. Comme le Diable qui était un ange aussi, mais qui a culbuté, si elles sont des anges encore, c’est la tête en bas, le reste … en haut !

Ce résumé est un extrait de la préface de Barbey d’Aurevilly au recueil de nouvelles Les Diaboliques, écrit en 1874. Cela peut sembler un peu obscur à première vue, mais ça s’éclaire au cours de la lecture. Les 6 nouvelles consécutives ne se ressemblent pas et racontent chacune une histoire vraie, mais avec une modification des noms propres pour éviter tout scandale. L’auteur est présent dans chacune par un moyen différent — je conseille l’édition Folio, excellente du point de vue des notes. Il serait difficile et problématique de faire un résumé pour chaque nouvelle (ça gâcherait tout le plaisir) alors je vais me contenter d’en mentionner les titres : Le Rideau Cramoisi, Le Plus Bel Amour de Don Juan, Le Bonheur dans le Crime, Le Dessous de cartes d’une partie de whist, À un dîner d’athées, La Vengeance d’une Femme.

J’ai commencé cette lecture pour plusieurs raisons : la première, c’est qu’il me faut l’avoir lu pour la rentrée ; la seconde, c’est que j’en ai entendu énormément de bien sur un forum littéraire et ça m’intriguait. Du coup, j’étais assez heureuse de l’avoir dans ma liste de lecture. J’avais tout de même une petite appréhension : et si les nouvelles racontaient toutes la même chose, sous une forme plus ou moins déguisée ? Personnellement, je les ai lues dans l’ordre. La première histoire m’a plue : l’ambiance est posée et nous indique le fil conducteur du recueil. Le profane, le sacrilège, l’amour, le démoniaque, le diabolique se retrouveront par la suite sous des formes différentes, mais toujours incarnés par les femmes, ces êtres cruels et doubles, à la fois anges et démons. L’idée, quoiqu’un peu machiste à première vue, m’a plutôt semblé être la reconnaissance de l’influence des femmes sur les hommes et sur la société en général. Car toutes les femmes représentées, de Mlle Alberte à la comtesse de Stasseville, sont des femmes fortes, de caractère. Ceci s’illustre particulièrement dans la nouvelle Le Bonheur dans le Crime, dont France 2 a fait une adaptation, où Hauteclaire Stassin, quoiqu’apparemment dans l’ombre, est en vérité la marionnettiste, le maître de tout le jeu.

Ce qui fait la particularité de ces nouvelles, c’est évidemment le style de l’auteur. En fait, à chaque fois, il y a plusieurs « prologues » si l’on peut dire ainsi, qui introduisent et mettent en scène les éléments qui déboucheront sur l’histoire en elle-même, qui finalement ne tient pas la plus grande place. De longues introductions pour un dénouement rapide … Mais toujours fort surprenant ! J’ai été tout spécifiquement touchée par la chute de la nouvelle Le Dessous de cartes d’une partie de whist, mais surtout par celle du Plus Bel Amour de Don Juan. Par contre, ça ne se lit pas « facilement » je dirais, et il faut une attention assez importante pour percevoir toutes les subtilités — d’où l’intérêt des notes. Je trouve que Barbey d’Aurevilly a écrit un recueil moderne pour son époque, et que je trouve encore moderne à l’heure actuelle, qui a fait des remous dans le monde littéraire. Lire Les Diaboliques m’a donné envie de m’intéresser à son oeuvre dans sa globalité. Malgré quelques passages obscurs dûs au style, j’ai su apprécier la fluidité avec laquelle le tout était raconté. Il m’a plongée dans un univers « malsain », mais différent à chaque nouvelle. Il est inutile de préciser que j’ai beaucoup aimé le lire et que je pense que je le relirai sûrement. Les nouvelles sont suffisamment courtes pour qu’on ne se lasse pas. Quelques répétitions pourront énerver, mais dans l’ensemble, une fois commencée chaque nouvelle, il était dur pour moi de m’arrêter ! Pour finir, je vous poste une petite citation tirée de La Vengeance d’une femme, peut-être mon histoire préférée :

[…] le Roman creuse bien plus avant que l’Histoire. Il a un idéal, et l’Histoire n’en a pas : elle est bridée par la réalité.

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4 réflexions sur “Les Diaboliques — Barbey d’Aurevilly

  1. Ah les lectures obligatoires, je suis bien contente de plus en avoir ! En tout cas, ce roman me tente assez bien que je ne suis pas trop fan des nouvelles (sauf pour Fitzgerald (qui est mon DIEU) et Maupassant ! =) )

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