Littérature anglaise

Sally Lockhart, t.1 : La malédiction du rubis — Philip Pullman

Édition : Folio Junior
Date : 1985
Titre original : The Ruby in the Smoke
Pages : 341
Prix : 6,90 euros

Lorsque son père disparaît en mer de Chine dans des circonstances suspectes, la jeune et intrépide Sally Lockhart se retrouve livrée à elle-même dans le Londres inquiétant de l’époque victorienne … Sans qu’elle le sache encore, un grand danger rôde autour d’elle. Parviendra-t-elle à percer le secret d’un rubis fabuleux qui excite les convoitises et sème la mort autour de lui ? Il semble être au cœur du mystère …

Nous connaissons Philip Pullman pour À la croisée des mondes, saga en 3 volumes qui retrace les aventures de la jeune Lyra Sullivan. Honte sur moi, je n’ai même pas fini le premier tome de la trilogie. Néanmoins, j’avais très envie de découvrir cet auteur qui semble recevoir de nombreux éloges de la part des lecteurs. J’ai en ma possession les 4 tomes de Sally Lockhart, j’avais déjà lu ce premier il y a fort longtemps et depuis peu, l’envie de le relire s’est faite plus pressante. De fait, j’ai pris La malédiction du rubis entre mes mains et j’ai commencé mon voyage. Je parle de voyage parce que j’ai été littéralement plongée dans cette Angleterre de 1872, dans l’enquête menée par la jeune héroïne et il me fut très difficile de lâcher le livre pour aller fêter la nouvelle année. Je l’ai tout de même fini rapidement et je m’empresse de vous faire cette chronique pendant que je suis encore dans l’ambiance. Nous suivons Sally Lockhart, une adolescente de 16 ans, qui vient de perdre son père, agent maritime qui s’était rendu sur un bateau nommé le Lavinia. Ce dernier a coulé et son équipage avec. Après avoir eu connaissance de cette triste nouvelle, la jeune fille reçoit une mystérieuse lettre avec des indications peu claires, lui recommandant de « faire attention ». Inquiète et avec l’envie évidente de savoir ce qu’il se passe, Sally se rend au cabinet de son père pour y rencontrer son associé. Alors qu’elle discute avec M. Higgs, le comptable, elle mentionne « les Sept Bénédictions » et celui-ci meurt d’apoplexie. Le mystère s’épaissit pour Sally. À cette histoire se trouvent bientôt mêlés toute une ribambelle de personnages ainsi que l’objet de toutes les convoitises : un rubis magnifique. Des docks londoniens aux villes côtières en passant par les rues de la capitale, Sally nous transporte dans un monde sombre et lugubre, révélateur de toute une époque. L’histoire est en apparence très simple, mais viennent vite se greffer plusieurs intrigues qui finalement n’en forment qu’une seule. Comment son père est-il mort ? Quelle est la véritable histoire du Lavinia ? Que cache l’agence Lockhart et Selby ? Où est ce rubis fantastique ?

Philip Pullman est un véritable génie, je peux l’affirmer en ayant lu ce premier tome. Le tout est parfaitement ficelé et raconté de telle manière que le lecteur ne s’y perde pas trop. Car oui, l’enquête se complique, les choses deviennent de moins en moins claires, jusqu’à ce que l’on démêle les fils dans un final grandiose. Le fait de placer cette enquête dans le Londres victorien est un des éléments qui m’a tout particulièrement interpelée. J’aime beaucoup l’histoire du XIXème siècle et surtout cette ambiance qui oscille entre le glauque des classes moyennes et travailleuses et le luxe exubérant des classes supérieures. Miss Lockhart est une jeune fille qui semble de bonne famille, sans appartenir à la bourgeoisie. Habitant chez une tante imbuvable qu’elle va finir par fuir, elle va demander de l’aide à un charmant jeune homme, Frederick Garland, qui l’a déjà aidée par le passé. L’auteur est parvenu à créer un monde réel, mais tellement réel qu’il semble parfois fictif. Les grandes questions de l’époque sont posées : la place des femmes, le trafic d’opium, les milieux des affaires, les modes de vie, etc. De fait, j’ai pu apprendre certaines choses, notamment en matière de photographie et d’organisation de la ville. Rien que pour ces raisons, je ne peux que vous conseiller de le lire.

Les personnages, quant à eux, sont un des principaux atouts de ce roman. Sally, malgré ses 16 ans, est pleine de ressources. Loin d’être agaçante, elle est mature et très intelligente lorsqu’il s’agit de gestion et d’organisation, en ce qui concerne les finances. Son père l’a élevée de sorte qu’elle sache manier les armes à feu et analyser les tendances des marchés. Dotée d’un bon sens naturel et d’une certaine empathie, je pense que tout un chacun aimerait en faire son amie. Jim Taylor, ancien commis dans le cabinet de son père, va lui venir en aide, lui aussi. Vif, énergique et d’une franchise à toute épreuve, c’est un allié de poids qui sait tisser des liens avec les milieux les plus louches et qui, grâce à ses lectures — les magazines à sensation —, sait comment se déroule une enquête. Frederick Garland, photographe de son état, est un jeune homme d’environ 20 ans, un véritable artiste qui n’a pas toujours la tête sur les épaules, mais qui sait se montrer raisonnable quand il le faut. Il parvient à tempérer les émotions de Sally et est très attachant ; il a un petit côté papa poule qui n’est pas déplaisant. Sa sœur, Rosa, est exubérante, mais adorable. Sa chevelue flamboyante et son énergie sont communicatives. Les scènes où elle et son frère se disputent sont délicieuses. Trembleur, l’assistant de l’atelier, passe inaperçu et pourtant est bel et bien présent. Je l’aime beaucoup pour sa loyauté et sa volonté de dépasser ses peurs. Ensuite, nous avons affaire à toute une série de personnages plus ou moins secondaires. L’affreuse Mme Holland, à qui je me verrais bien décerner le prix de la méchante la plus méchante de tous les romans que j’ai lus, Adélaïde, une jeune fille attachante mais terriblement peureuse, Matthew et Nicholas Bedwell, bien mystérieux, etc. L’ombre de M. Lockhart est présente tout au long de l’histoire, ce qui nous donne l’impression de le connaître merveilleusement bien. Philip Pullman ne s’attache pas particulièrement à nous montrer leurs pensées, et pourtant, je trouve qu’ils ont une épaisseur, chacun dans leur style. Ce sont leurs actes qui nous donnent de nombreuses indications et nous poussent à les aimer ou à les détester. Ils évoluent tout au long de l’histoire et je suis prête à parier que cette évolution n’est pas achevée. Ce qui m’a donné évidemment envie de commencer le deuxième tome immédiatement.

Je mentionnerais aussi le style très précis et très fin de l’auteur, qui parvient à nous emporter d’un simple coup de plume. Tout ceci n’a rien de compliqué, mais il utilise les termes justes et précis, ce qui est appréciable. J’avoue que ça me console de voir que certains écrivains n’ont pas peur de se servir de mots un peu plus « compliqués », même dans des romans jeunesse. L’histoire est écrite à la troisième personne du singulier et nous voguons d’un personnage à l’autre, d’un milieu à l’autre avec une aisance affolante. Le roman est court et découpé en 20 chapitres et pourtant, rien ne manque. Aucune question ne reste en suspens, ce qui est pour moi rassurant — j’ai beaucoup de mal avec les livres qui s’achèvent sur tout un tas de questions et qui n’ont pas de suite. Je ne résiste pas à l’envie de vous mettre un extrait de ce tome. Je ne suis pas allée chercher trop loin, puisque je ne vous mets que les tout premiers paragraphes, en espérant que cela vous pousse à vous plonger dans cette saga !

« Par une froide et maussade après-midi d’octobre 1872, un fiacre s’arrêta devant les bureaux de Lockhart & Selby, agents maritimes installés au cœur du quartier financier de Londres. Une jeune fille en descendit et paya le cocher.
C’était une personne d’environ seize ans, seule et d’une beauté rare. Mince et pâle, elle portait un costume deuil, avec un bonnet noir, sous lequel elle coinça une mèche blonde que le vent avait détachée de sa chevelure. Elle avait des yeux marrons, étonnamment foncés pour quelqu’un d’aussi blond. Elle s’appelait Sally Lockhart, et dans moins d’un quart d’heure, elle allait tuer un homme. »

— Lu dans le cadre du challenge ABC.

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6 réflexions sur “Sally Lockhart, t.1 : La malédiction du rubis — Philip Pullman

  1. J’ai retrouvé ce livre dans ma PAL hihi
    Oui pourquoi pas faire une LC de Northanger Abbey au courant de l’année ^^
    Je te laisserai fixer une date ~

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